282. Si je parlais le plus parfait langage

1. Si je parlais le plus parfait langage,
Si même un ange me prêtait le sien,
Que me vaudrait ce futile avantage ?
Si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien.
Je ne suis rien qu'un airain qui résonne,
Une cymbale au rythme répété.
Tout manque encore aux grâces que Dieu donne
Si je n'ai pas au coeur l'amour, la charité.

2. Et quand j'aurais le don de prophétie,
Quand tout secret me serait révélé,
Quand j'atteindrais au savoir, au génie,
Quand je devrais, martyr, être brûlé...
Ou si ma foi transportait la montagne
Et ma pitié distribuait mon bien,
Quelque mérite en cela que je gagne,
Sans cet amour tout ne me servirait de rien.

3. La charité se montre patiente
Et bienveillante à l'égard du prochain,
N'est pas jalouse et non plus ne se vante,
Ne s'enfle pas d'orgueil, est sans dédain.
Pleine d'égards, ne fait tort à personne,
Tout égoïsme est chez elle écarté.
Point ne s'irrite et jamais ne soupçonne,
Réprouve l'injustice et veut la vérité.

4. Que de douceur et de paix elle apporte
Car elle excuse tout, elle croit tout !
Tout elle espère et tout elle supporte,
Mettant son baume et son parfum partout.
Les plus beaux dons disparaissent et meurent.
Cette vertu vit en éternité.
Foi, espérance et charité demeurent,
Mais de ces trois la plus grande est la charité.