Sans espérance, sans Dieu

C'est pourquoi, vous autrefois païens dans la chair, appelés incirconcis par ceux qu'on appelle circoncis et qui le sont en la chair par la main de l'homme, souvenez-vous que vous étiez en ce temps-là sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. (Éphésiens 2, 11-12)
Pour inciter les chrétiens d’Éphèse à mieux saisir la différence entre « autrefois » et « maintenant » l'apôtre les exhorte à se souvenir de l'époque où ils vivaient encore sans Christ et étrangers aux alliances de la promesse. Se remémorer ce « autrefois » contribue non seulement à rester humble et reconnaissant, mais permet de vérifier ce que la grâce de Dieu a pu accomplir dans une vie. Ceux qui ont goûté la grâce de Dieu connaissent forcément la différence entre les choses anciennes et les choses nouvelles ; ils ne peuvent jamais oublier l'appel du Fils de Dieu lorsqu’ils étaient « autrefois » encore morts dans le péché.
Oui, vraiment, je vous l'assure : le temps viendra - en fait, nous y sommes déjà - où les morts entendront l'appel du Fils de Dieu, et tous ceux qui l'entendront reprendront vie. (Jean 5, 25)
Beaucoup se considèrent chrétiens sans avoir jamais entendu l’appel du Fils de Dieu. Ils ne peuvent témoigner à quel moment ils auraient bénéficiés de cette grâce, ni quand et comment ils ressuscitèrent de leur mort spirituelle à une vie nouvelle. En absence d'un tel témoignage, il faut craindre que ces croyants se trompent eux-mêmes.
Les païens et autres non Juifs que les Israélites appelaient avec mépris « les incirconcis » vivaient « autrefois » sans Dieu, sans espérance et n'attendaient rien d’autre que survivre. Et bien qu'ils n’étaient point responsables de leur situation, ils ne pouvaient prétendre à la citoyenneté en Israël. Tout métissage leur était refusé. Pour connaître Dieu, ils n'avaient pas d'autre possibilités que se référer aux perfections invisibles de Dieu et sa puissance éternelle que l’on peut voir dans ses ouvrages. (Romains 1, 19-21)
L’apôtre Paul met ici en parallèle l’« incirconcision » des peuples païens et la « circoncision » des enfants d'Israël. Israël se distinguait des autres peuples par le fait que les hommes, les serviteurs et les esclaves devaient se faire circoncire par respect à l'alliance que Dieu fit avec Abraham. Ainsi l’Israël circoncis appartenait à Dieu et Dieu était censé lui appartenir.
Vous les observerez [les lois] et vous les mettrez en pratique ; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples, qui entendront parler de toutes ces lois et qui diront : cette grande communauté est un peuple absolument sage et intelligent ! (Deutéronome 4, 6)
Bien sûr ce n'est pas la circoncision qui éleva Israël au premier rang des peuples de son temps mais les lois que Dieu lui avait confiées. L'observance de la Parole de Dieu rendait Israël plus sage et plus intelligent que les peuples païens. Les bénédictions découlant des promesses que Dieu fît à Abraham enrichissaient ses descendants au point que la reine de Saba s’exclama :
Ce que j’ai entendu dire sur toi et ta sagesse dans mon pays était donc vrai ! Je n’ai pas voulu croire ce qu’on disait… tu surpasses en sagesse et en prospérité la renommé dont j’aie eu l’écho. (1 Rois 10, 6-7)
Le peuple juif devenait malheureusement si hautain et fier de sa prospérité et de son intelligence qu'il commença à considérer « les incirconcis » comme infréquentables. Les circoncis méprisaient les incirconcis, et les incirconcis méprisaient les circoncis. Il s'en suivit une telle aversion entre Israël et les peuples incirconcis qu'une hostilité permanente s'instaurait entre eux. Une hostilité réciproque qui n’a pas beaucoup évoluée de nos jours.
Mais ce qui est aussi triste, c’est qu’une hostilité similaire règne dans les différentes églises qui prétendent toutes au monopole de la vérité. Pourquoi ? Parce que ces ressentiments ne disparaissent que lorsque l'Esprit Saint peut circoncire les cœurs. Lui seul juge les cœurs et accorde à ceux qui ont renoncé à leur vaine manière de vivre héritée de leurs pères, le droit de cité dans l'Israël spirituel.
Car les circoncis, c'est nous qui rendons à Dieu notre culte par l'Esprit de Dieu, qui nous glorifions en Jésus-Christ, et qui ne mettons point notre confiance en la chair. (Philippiens 3, 3)
Et la circoncision, ce n'est pas celle qui est visible dans la chair... c'est celle du cœur, selon l'Esprit et non selon la lettre. (Romains 2, 29)
Les effets de cette circoncision spirituelle sont considérables ! La circoncision du cœur régénère l'homme intérieur de sorte qu’il peut aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée, de toutes ses forces et le prochain comme soi-même.
Abraham était agréable à Dieu parce qu'il lui faisait confiance et partit sans hésitation pour un pays inconnu qu'il devait recevoir en héritage. (Hébreux 11, 8) Pour avoir fait pleinement confiance à Dieu, il reçut la promesse que le pays lui sera donné en héritage, à lui et ses descendants. (Romains 4, 13)
C'est en Isaac que je choisirai ma descendance, en Isaac je te susciterai un peuple ! (Genèse 21, 12)
Selon sa promesse, Dieu suscita à Abraham une postérité spirituelle : Christ et les élus de la nouvelle Alliance. Nul n'appartient à l'Israël spirituel pour être de la postérité d'Abraham selon la chair, ni pour avoir été baptisé enfant dans une religion chrétienne. Ces croyants ne sont pas des « Isaac » mais tout au plus des « Ismaël ». Car il est évident que leur religiosité ne produit que les fruits amères de l'esprit d'esclavage hérité de la servante d'Abraham : Agar.
Ismaël, l'aîné, ne fût pas choisi pour perpétuer l'alliance que Dieu avait faite avec son père, car se fût un homme sauvage dont la main était contre tous ses frères (Genèse 16, 12). C'est du second fils, Isaac, le fils de la promesse, que devait sortir le peuple de l'Alliance. Quant à Isaac, il avait comme descendants des jumeaux : Esaü et Jacob. Cependant, Esaü fut exclut de l'Alliance et son héritage dispersé. Ce n’est certainement pas un fruit du hasard, car Dieu lui-même s’est posé la question :
Esaü n'était-il pas le frère de Jacob ? Oracle de l’Éternel ; or j'ai aimé Jacob ; et j'ai haï Esaü. J’ai livré ses montagnes à la désolation et son héritage aux chacals du désert. (Malachie 1, 2-3)
Abraham devait apprendre à ses enfants - comme nous devrions le faire aux nôtres - ce qu'il faut faire pour s’intégrer dans les desseins de Dieu et rester au bénéfice de ses promesses. Mais Esaü accordait si peu de valeur à son privilège d’être l’aîné de la famille qu’il vendit son droit d'aînesse à son frère Jacob en se disant : à quoi peut servir ce privilège si je meurs ?
Que de croyants, inconscient de leurs prérogatives, n'hésitent pas à gaspiller leur droit d'aînesse ! Au lieu de veiller sur leur privilège, ils vendent leur âme pour ce « plat de lentilles » que sont les plaisirs charnels et terrestres. Eux aussi pleureront un jour pour obtenir la bénédiction de Dieu ; en vain, car cette bénédiction est attachée au droit d'aînesse qu'ils ont méprisé au temps de la grâce. Ce n'est qu'en marchant dans les voies de Dieu, en faisant ce qui est juste à ses yeux, que la promesse faite à Abraham nous échoit aussi.
D’une manière générale, tout homme se trouve soit « en » Christ soit « hors » de Christ ; chacun vit et marche ou bien « selon l'Esprit » ou bien « selon la chair. » Qui refuse l'invitation de Christ à le suivre s'exclue de la nouvelle Alliance et se condamne lui-même à continuer à vivre comme les païens sans promesse et sans Dieu dans un monde sans espoir.