La richesse de la grâce

« En Christ nous avons la Rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce, que Dieu a répandue abondamment sur nous par toute espèce de sagesse et d'intelligence » (Ephésiens 1,7-8).
Le propre des religions est de promettre à leurs adeptes l’absolution des péchés. Ce qui les différencie c’est la manière et le moyen pour l’obtenir ; ce qui leur est commun c'est la pratique d'exercices de pénitence censés soulager les consciences et l’invitation, à l’adresse des fidèles, à la générosité. Comme ces différentes pratiques n'aboutissent pas à l’affranchissement de « la puissance du péché », elles ne sont que des succédanées de la Rédemption en Christ… Ces pratiques religieuses sont, de ce fait, une tromperie.
A cause du désir qui lui est inné, l'homme naturel s'habitue à pécher en désirant le bien des autres sans se soucier des conséquences. Et comme il ne peut supprimer sa conscience qui lui reproche sa conduite, il cherche à la faire taire en appelant ses faits et gestes des «faiblesses» ou des «fautes». Ce faisant, transgresser la loi de Dieu ne lui inspirent plus aucune crainte, sauf (et encore !) quand il risque la prison.
L'humanité qui vivait « au temps de l'ignorance » (la période qui s'étend de Adam à Moïse) ne connaissait de Dieu que cette loi, qui lui évitait de s’éteindre :
« Si quelqu’un tue Caïn on le vengera sept fois » (Genèse 4,15).
Par la suite, Dieu confirma à Noé cette loi contre le meurtre :
« Qui verse le sang de l’homme, par l’homme aura son sang versé » (Genèse 9,6).
Comme les hommes n'avaient pas d’autres connaissances du péché, Dieu les avait considéré comme innocents, certes, mais non sans péché. C’est avec cette même mansuétude qu’il a toujours traité les petits enfants : Tant qu'ils n'atteignent pas l'âge de raison pour pouvoir « rejeter le mal et choisir le bien » (Isaïe 7,15), Dieu les tient aussi pour innocents bien qu'ils ne soient pas sans péché.
Sous l'ancienne Alliance (la période qui s'étend de Moïse à Christ) le peuple d'Israël reçut avec les dix commandements une meilleure connaissance et de Dieu et du péché. Les hommes étaient rendus responsables de leurs actes et devaient en répondre. La crainte de pécher était alors à la mesure de l'enjeu : celui qui transgressait volontairement la Loi devait mourir. En effet, sous l'ancienne Alliance, déjà, il n'y avait que les transgressions involontaires qui pouvaient, par des offrandes, être rachetés et pardonnés.
Israël célébrait chaque année une fête d'expiation au cours de laquelle il offrait deux boucs. Le premier fut égorgé et le second chassé dans le désert (Lévitique 16,7-10). Par ce rite le peuple apprenait qu'il lui fallait un médiateur - un bouc émissaire - pour recevoir le pardon des péchés commis par ignorance, erreur ou inadvertance. Le médiateur assumait le rôle du bouc émissaire dont la mort expiatoire assurait au second l’affranchissement de l'emprise de son maître.
Pour le peuple de la nouvelle Alliance ce sacrifice expiatoire a été assumé, une fois pour toutes par Jésus-Christ qui devint clairement le bouc émissaire d’un peuple s’écriant :
« Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » (Matthieu 27,25).
En assumant librement ce rôle du « bouc émissaire », Jésus-Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut et sans tache (sans avoir répondu à la violence par la violence). Il devint ainsi le véritable médiateur entre Dieu et les hommes, celui qui purifie leur conscience des oeuvres mortes pour les rendre aptes à servir le Dieu vivant et vrai (Hébreux 9,14). Par sa mort comme victime expiatoire, Jésus-Christ anéantit celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable (Hébreux 2,14). C’est pourquoi, il peut non seulement pardonner les péchés des hommes commis dans l'ignorance mais, bien plus, les affranchir aussi de la servitude du péché et du diable.
La puissance du « Salut en Christ » est capable de résoudre tous les problèmes des hommes et d'éliminer les obstacles qui les séparent de Dieu. Elle n'est impuissante qu'en face de ceux qui s'opposent (qui crient avec les loups…) au médiateur en lui fermant leur coeur. Mais de tels hommes ne pèchent plus par ignorance mais volontairement, par méchanceté. En se privant ainsi de la Rédemption qui leur est offerte en Christ, ils devront eux-mêmes payer leurs dettes.

La Rédemption par le sang
Une rédemption implique, d'une manière générale, une rançon qui est payée à un adversaire pour la libération d'un individu. Il en est ainsi de la Rédemption en Christ qui comprend non seulement la rançon payée par sa « mort » pour nous libérer de l’emprise de Satan, mais aussi « le salut par sa vie » pour nous racheter d'entre les hommes comme prémices pour Dieu (Apocalypse 14,4).
La Rédemption par le sang [la mort] de Christ comprend le prix payé pour la rémission des péchés commis au temps de l'ignorance, la levée de la condamnation qui pèse sur la conscience et l'affranchissement de la puissance du péché. Elle est le moyen obligatoire pour celui qui désire changer de vie. Dès que nous confessons nos péchés et produisons des fruits dignes de la repentance nous entrons au bénéfice de la Rédemption par le sang. Dieu est alors fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité (1 Jean 1,9).
Il y a cependant confession et confession. Les Evangiles nous donnent quelques exemples et attitudes à méditer. Entre autres, elles nous relatent le comportement d'un pharisien qui montait au temple pour prier. Et comment priait-il ? Il tenait la tête haute et disait : « O Dieu, je te remercie de ne pas être avare, malhonnête et adultère comme les autres hommes ». A l'opposé, nous avons l'attitude d'un collecteur d'impôts. Ce publicain avait un profond sentiment de culpabilité. Il regrettait les péchés commis et cherchait auprès de Dieu le pardon et la délivrance. Se tenant dans un coin retiré du temple, n'osant pas même lever les yeux au ciel, il murmurait : « O Dieu, aie pitié du pécheur que je suis » (Luc 18,10-14) !
Un autre publicain, Zachée, qui avait commis de nombreux forfaits au temps de son ignorance, dit à Jésus, en se repentant : « Je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres et, si j'ai pris trop d'argent à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois autant » (Luc 19,7-10).
Seule une confession qui provient d'une véritable repentance est une véritable conversion. Elle met non seulement un terme à la vieille vie de péché, mais marque le commencement d'une vie nouvelle dans la justice et la pureté. C'est ce qu'illustre si bien la requête de l'un des malfaiteurs qui, crucifiés en même temps que Christ, implorait celui-ci :
« Seigneur, souviens toi de moi, quand tu viendras dans ton règne » (Luc 23,42).
Ce malfaiteur avait reconnu et regretté ses péchés au point de reprendre son compagnon d'infortune qui injuriait Christ, en lui rappelant :
« Nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n'a rien fait de mal » (Luc 23,41).
Que la confession spontanée de ce malfaiteur repentant était accueillie avec bienveillance s'exprime clairement dans cette merveilleuse réponse que Jésus-Christ lui donnait :
« Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi au paradis » (Luc 23,43).
Aussi longtemps que les hommes vivent sous la Loi ils n'ont d'autres possibilités que de (refouler leur désir des biens du prochain…) pécher toujours à nouveau et, par la suite, en demander pardon. Mais ces demandes de pardon répétitives ne font que renouveler toujours à nouveau le souvenir des anciens péchés. Il en est tout autrement de la Rédemption par le sang de Christ. Non seulement elle purifie la conscience et efface le souvenir des péchés, mais elle nous fait participer à cette sanctification de l'esprit qui nous garde de pécher (1 Jean 5,18).
Toutefois, notre vocation n'est pas seulement de ne plus pécher, mais bien plus de vivre, loin du péché, en nouveauté de vie et devenir participant à la gloire céleste. Vivre en nouveauté de vie sera l'oeuvre de la Rédemption par la vie de Christ.