De la souveraineté de Dieu (2)

Selon qu’il est écrit : J'ai aimé Jacob et j'ai haï Esaü. Qu’est-ce dire ? Dieu serait-il injuste ? Certes non !  (Romains 9,13-14)
Dieu n’agit-il pas de façon arbitraire, lorsqu’il préfère l'un et rejette l'autre ? Peut-il réellement abandonner quelqu’un au mal ? Ne tient-il pas compte du fait que l’homme n’est pour rien d'être né pécheur ? Esaü, est-il devenu impie parce que Dieu l’a rejeté, ou a-t-il été rejeté parce qu’il est devenu impie ? Est-ce que Dieu peut être injuste ? Loin de là ! Bien au contraire ! Pour trouver une réponse à ces questions, nous devons savoir que Paul parle ici de son peuple qui était persuadé que son salut dépendait des oeuvres de la loi et non de la grâce de Dieu. Dans ce contexte, Israël illustre parfaitement la chrétienté d'aujourd'hui qui se méprend également sur la grâce de Dieu. Lorsque quelqu’un se dit « chrétien » on devrait croire qu'il participe au salut en Christ. Mais c'est souvent le contraire ! Au lieu de craindre Dieu et d'humilier leur coeur, ces chrétiens-de-nom se rebellent et s'endurcissent envers la bonne nouvelle. Ils se servent de Christ non pour être délivrés des ténèbres de Satan mais pour masquer leur méchanceté. Comme ils n'ont aucune envie de quitter la violence du péché, Christ devient pour eux une pierre d'achoppement, un objet de scandale ! Comment Dieu pourrait-il leur montrer sa miséricorde dans ces conditions ? La crainte de Dieu est la première condition pour pouvoir croire lorsqu'on a négligé la voix invitante de Dieu. Nul ne doit s'imaginer pouvoir être sauvé sans se convertir véritablement du péché et sans qu’un renouvellement de l’esprit se fasse par la grâce divine. Certes, il est dit : « Cependant l'Eternel désire vous faire grâce, et il se lèvera pour vous faire miséricorde; car l'Eternel est un Dieu juste : heureux tous ceux qui espèrent en lui ! » (Esaïe 30,18). Mais il est aussi dit : « C'est celui qui a péché contre moi que j'effacerai de mon livre » (Exode 32,33). Beaucoup, malheureusement, méprisent la grâce et la vérité qui pourrait les rendre participants de la nature divine (1 Pierre 1,4) et les arracher de l’empire violent du péché et de la corruption du monde. Esaü était un de ceux-là. A tout point de vue il était le grand frère violant et orgueilleux qui domine son paisible et timide frère Jacob par son autoritarisme et sa brutalité. Celui-ci n'avait qu'à se courber et s'abaisser ! Au lieu de rechercher ce qui est humble Esaü garda son esprit rebelle. Se faisant il se priva non seulement de la bénédiction de Dieu mais procura à son frère l’occasion à devenir plus humble encore. Ainsi, en transmettant l’héritage de la promesse au doux et humble Jacob, Dieu mit en évidence ces lois fondamentales du royaume des cieux : « Ce qui est en haute estime parmi les hommes, Dieu l'a en horreur » (Luc 16,15). « Dieu s'oppose aux orgueilleux, mais il accorde sa grâce aux humbles » (1 Pierre 5,5).  « Il disperse ceux qui portent dans leur coeur des desseins orgueilleux. Il a précipité les puissants de leurs trônes, mais il a élevé les humbles au premier rang » (Luc 1,51-52).  « Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé » (Luc 14,11).

Car il dit à Moïse : Je fais miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'ai pitié de qui j'ai pitié.
(Romains 9,15)
La révélation que Rébecca reçut au sujet de ses jumeaux montre que Dieu sait dès avant la naissance si les enfants seront croyants ou incrédules, s’ils se laisseront sauver ou non. Mais contrairement à Rébecca, Dieu ne nous indique pas d'avance le sort de nos enfants. De ce fait nous ne devons jamais anticiper notre jugement quant à leur développement. Il y a des enfants qui dès leur jeunesse se laissent courber et humilier dans les voies salutaires de Dieu. D’autres n'apprennent à s’humilier qu’à travers des circonstances particulières. Quelquefois c’est le premier contact avec l'Evangile qui décide du sort des uns, alors que d’autres, tout en ayant part au même traitement, s'endurcissent de plus en plus et mûrissent pour le jugement. Etant donné que Dieu sait par avance si un enfant naîtra un jour de nouveau ou non, il ne sert à rien de le baptiser avant l'âge de raison. Comment Dieu pourrait-il faire alliance avec un enfant qu’il devra écarter plus tard pour cause d’infidélité ? Est-ce que cela ne voudrait pas dire que Dieu soit incapable de garantir ses promesses ? Mais comme Dieu ne peut mentir, il serait injuste de le contraindre à faire alliance avec quelqu’un dont il sait d'avance qu’il le reniera. Forcer quelqu'un à devenir chrétien par un baptême précoce est une entrave à une possible nouvelle naissance. En effet, lorsque la grâce de Dieu interpelle ces « chrétiens de naissance » la plupart ne croient plus pouvoir se convertir et continuent à pécher et mépriser Dieu. Il n'est pas rare que de tels jeunes, victimes d'harcèlements religieux, deviennent des candidats au suicide ! La repentance et la foi sont des éléments décisifs pour obtenir une vie nouvelle. Comme nous ne savons pas d'avance si nos enfants seront croyants ou incrédules, il faut leur laisser la liberté de se faire baptiser en connaissance de cause. Chacun doit pouvoir s’examiner lui-même s’il est prêt à répondre aux conditions posées pour être un disciple de Christ. Car celui qui le reniera par la suite, se condamnera lui-même au « courroux de feu qui doit dévorer les rebelles. » (Hébreux 6,4-6 ; 10,26-27) Quiconque veut suivre Christ doit s’engager à le servir, en toute liberté et sans contrainte, dans une vie de sainteté, le coeur détaché des choses de ce monde. Car celui qui aime quelque chose plus que Jésus-Christ n'est pas digne de lui et ne sera pas non plus confessé ni défendu par lui devant son Père. Les malheurs que subissent les hommes ne sont que la conséquence de la légèreté avec laquelle ils traitent les lois et les exhortations de Dieu. En observant la vie des jumeaux Esaü et Jacob, nous découvrons avec étonnement à quel point la prévision divine s'avère exacte : Jacob en devenant doux et humble s’attire la grâce de Dieu, tandis qu’Esaü, en devenant rebelle et orgueilleux, cause sa perte par son propre entêtement. Il n'est donc pas aussi évident de s’attirer la grâce de Dieu comme des prédicateurs modernes voudraient nous le faire croire. Si Esaü est bien le modèle de ceux qui repoussent la grâce de Dieu en se justifiant par leurs œuvres, Jacob, lui, reste le modèle de ceux qui recherchent avec détermination la grâce en Jésus-Christ et qui n'hésitent pas à se faire violence pour s'emparer du royaume de Dieu : « la justice, la paix et la joie dans le Saint-Esprit ».

Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. 
(Romains 9,16)
Que Dieu fasse «miséricorde à qui il veut et endurcit qui il veut» ne signifie nullement que notre destinée nous soit imposée. Au contraire, ce choix nous incombe car il dépend de notre foi ou de notre incrédulité, de notre soumission ou de notre rébellion, de notre humilité ou de notre orgueil. Certes, Dieu avait suscité Pharaon pour montrer sa puissance dans tous les pays, mais avant qu’il ne périsse, Dieu lui avait montré sa longanimité et sa patience en le laissant faire comme bon lui semble. Et si Pharaon s'est finalement noyé, c'est pour avoir endurci son coeur à un point tel qu'il n’hésita pas à pourchasser les Israélites jusqu'au milieu de la mer rouge ! Sa noyade est en vérité la conséquence de son entêtement et de son esprit tordu. Ne demanda-t-il pas ironiquement à Moïse : « Qui est Yahvé, pour que j’écoute sa voix et que je laisse partir Israël ? Je ne connais pas Yahvé… » (Exode 5,2) C’est justement Yahvé qui fit de Pharaon un exemple pour avertir tous ceux qui seraient tentés de mépriser sa grâce. Dieu est le même hier, aujourd’hui et éternellement. Il ne désire pas la mort du pécheur mais aimerait qu'il se convertisse et vive. S'il permet que des tribulations nous atteignent, c'est pour nous inviter à nous repentir et à nous convertir. Mais l’homme possède une fâcheuse tendance à toujours se rebeller contre Dieu (quitte à se noyer), bien qu’il lui manifeste si souvent sa grâce et sa bonté. En négligeant la grâce que lui offre Dieu en Jésus-Christ il se condamne lui-même sans excuse. Il en est de même avec ceux qui essaient de mériter leur salut en voulant se justifier par leurs œuvres. Certains, pour se faire, n’hésitent pas à martyriser leur corps. Mais ces oeuvres ne produisent pas de bons fruits, car celui qui court doit aussi courir de la bonne manière. En refusant la grâce en Jésus-Christ, ils se privent de la miséricorde de Dieu et ne trouvent pas le chemin étroit qui mène à la vie. La grâce en Jésus-Christ est réconciliante, victorieuse et conduit à la sanctification par l'obéissance. Sans cette grâce, nous ne pouvons nous tenir debout. C’est elle qui nous rend capables de courir pour remporter le prix de la vocation céleste. « Dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix. » (1 Corinthiens 9,24) Comme le vainqueur est Jésus-Christ, nous devons, pour partager ce prix avec lui, devenir un membre de son corps et courir dans un même entendement, un même esprit, une même pensée et une même foi. Nous parviendrons à remporter les courses et les combats de la vie, qui se déroulent avant tout dans notre esprit, en demeurent sous la direction de sa grâce. Ceux qui courent en dehors de Christ ne peuvent que produire des oeuvres de la loi. Les impies, les désobéissants, les entêtés; ceux qui méprisent la grâce en Jésus-Christ et qui ne se laissent pas réconcilier avec lui dans sa mort, ceux qui ont le cou raide et ceux qui veulent établir leur propre justice pour ne pas obéir à la foi se privent eux-mêmes du royaume des cieux. Nul n'est condamné pour être né dans le péché, ni pour avoir transgressé la loi, mais uniquement lorsqu’il ne veut pas se laisser sauver par Christ. Ainsi donc se confirme la justice de Dieu : Il aimerait faire miséricorde à tous, mais les incrédules n’en veulent pas. Ce n’est pas celui qui veut, ni celui qui court, qui décide de la miséricorde divine, mais Dieu seul.

Car l'Ecriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre.
(Romains 9,17)
Dieu avait demandé à Pharaon de laisser partir son peuple. Il lui confirma le sérieux de ses paroles par les miracles de son serviteur Moïse. En vain ! Pharaon ne voulait pas reconnaître Dieu. C'est alors que survenaient une série de plaies sur tout le pays. Mais ces catastrophes n'avaient aucun effet sur Pharaon qui, au lieu de s'humilier, s'endurcit davantage en méprisant la bonté et longanimité de Dieu. Bien que la bonté et la miséricorde de Dieu soient inépuisables, elles peuvent prendre fin d'une manière subite avec des pécheurs aussi arrogants. Certes, tous les pécheurs ne disparaissent pas de manière aussi subite et terrible que Pharaon, mais son exemple devrait leur servir à salut pour prévenir le jugement de Dieu. Aussi longtemps que dure notre vie, aussi longtemps dure la patience de Dieu pour nous permettre de nous convertir et recevoir le salut en Christ. A ceux qui lui rapportèrent comment Pilate avait mêlé le sang de Galiléens avec leur sacrifice, Jésus répondit : « Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu'ils ont souffert de la sorte ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également » (Luc 13,1-5). Tant que Dieu se montre aimable et bon, l’homme s'imagine qu'il est d'accord avec lui, et « il méprise ses richesses de bonté, de patience, de longanimité sans reconnaître que cette bonté de Dieu le pousse à la repentance. » (Romains 2,4). Pourtant, quand Dieu se montre sévère, il ne s'humilie pas non plus. Il fait l’hypocrite et parle comme s'il n'avait point d'angoisses et que les coups durs de la vie le laissent indifférents. Les catastrophes et les accidents dont il se lamente ne sont pour lui que des événements naturels. Il ne réalise pas sa situation déplorable ni son éloignement de Dieu ni la détresse qui l’attend. Il ne comprend pas que le péché et l'affection de la chair soient une inimitié contre Dieu. Ce n'est que lorsqu'il se trouve en danger de mort, ou sous un terribles châtiments, qu’il promet de se convertir et de changer de vie. Mais une fois les difficultés surmontées… la promesse est oubliée. Et, tout en restant pécheur, il se vante de son sauvetage et évoque faussement la miséricorde de Dieu. Il ne perçoit pas que la loi est attachée à son cou, comme une meule, l’attirant dans les profondeurs de la mer de perdition. La loi suscite colère et punition et ne connaît ni grâce ni miséricorde. « Car si l’héritage appartient à ceux qui relèvent de la Loi, la foi est sans objet, et la promesse sans valeur ; la Loi en effet produit la colère, tandis qu’en absence de loi il n’y a pas non plus de transgression. » (Romains 4,14-15) « Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété » (Tite 2,11-12). La grâce de Dieu est offerte le temps nécessaire pour passer de la mort à la vie. Elle engendre la vie divine en celui qui croit et obéit, mais entraîne la mort éternelle de celui qui la méprise. Oh ! Que personne n'abuse de la grâce et de la miséricorde de Dieu ! Car la paix et la miséricorde de Dieu sont à ceux qui sont une nouvelle créature en Christ (Galates 6,15-16). Et comme il n'y aura aucune passerelle au-dessus du grand abîme, ni de paix pour ceux qui n'utilisent pas le jour présent pour se laisser sauver, l'Esprit dit : « Si, aujourd'hui, vous entendez ma voix, n'endurcissez pas vos coeurs comme vos pères » (Hébreux 3,7).